Concept littéraire : « faire son Pinocchio »

Comment parler des écrivains débutants qui tentent de coucher sur papier une histoire qui leur tient à cœur, des écrivains professionnels qui cherchent à transmettre une émotion, une idée, une image mais ne sont pas sûrs d’y arriver ? Comment parler, en littérature, de ce qui nous motive et nous déprime à la fois ?

Je propose l’expression « faire son Pinocchio » (en italien : « fare il suo Pinocchio »), avec le verbe « faire » au sens de « fabriquer ».

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Tous les écrivains se prennent pour des Gepetto, le « père » de Pinocchio : il y a Gepetto Ferrante, Gepetto-Emmanuel Smith, Gepetto Nothomb, Gepetto Gavalda, Gepetto Corben…

Les Gepetto créent des Pinocchio en espérant que leur créature remplace le petit enfant de leurs rêves. Ils espèrent, ces Gepetto littéraires, que leurs manuscrit prendra vie comme par miracle.

En réalité, il en subira des épreuves, ce pauvre Pinocchio ! Détourné de son chemin initial, attiré au pays des enfants perdus, avalé par une baleine, adapté par Walt Disney et par Roberto Benigni

Mais un rêve d’enfant, ça ne peut pas mentir. Les écrivains s’accrochent à leur histoire, ils veulent la terminer, la faire publier… Ils sont têtus, même s’il leur arrive parfois de se mentir à eux-mêmes. Pinocchio est plus honnête que son créateur. Son nez s’allonge de quelques pages à chaque disgression. Un bon roman ne doit pas nous raconter d’histoires, mais une histoire : la sienne.

Heureusement, Pinocchio avait une conscience, incarnée par Jiminy Cricket. Ce « grand chancelier du bien et du mal » savait distinguer la bonne histoire de la fumisterie.

Les fils de Gepetto ne devraient pas l’oublier : il ne suffit pas d’avoir une bonne idée de départ pour écrire un bon roman, il faut aussi un esprit critique pour la surveiller, la travailler et l’améliorer. Combien de fois Gepetto avait-il recommencé son Pinocchio au sein de son atelier ? L’histoire ne nous le dit pas.

Le manuscrit achevé n’est pas encore terminé. Jeunes écrivains qui imprimez votre Pinocchio au format A4, cherchez un Jiminy Cricket autour de vous, un relecteur impartial, intransigeant et bienveillant (et un peu casse-bonbons) sur lequel vous pourrez vous appuyer. Parfois, Jiminy Cricket prend l’apparence d’un éditeur. D’autres fois, c’est celle d’un animateur d’ateliers d’écriture.

Ainsi, seulement, votre manuscrit raturé au crayon de bois vaudra plus que le papier sur lequel il est imprimé.

Et Pinocchio deviendra un vrai petit enfant !

– Damien Porte-Plume

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