Le Cercle des écritures de Nantes

Entretien avec l’auteur J-M Pen

In Entretiens on août 13, 2017 at 8:38

Le tour de l’écrivain Jean-Marie Pen en 23 questions…

1. Bonjour, Jean-Marie. Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, vous êtes un auteur de polar. Sauf erreur, avec Du sang dans les buttereaux, sorti en 2017 aux éditions Ex Aequo, vous en êtes à votre sixième roman. Qu’est-ce que ça fait d’avoir publié six romans ?

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En fait, mes agressions littéraires sont au nombre de neuf. J’ai publié huit romans chez Ex Aequo, dont deux sous forme de courts récits, et auparavant, j’avais fait publier à compte d’auteur un délire pour lequel je ne désespère pas de trouver un éditeur irresponsable ou adepte des paris risqués (mais un éditeur ne devrait-il pas être de cette trempe ?) pour le proposer sous une forme remaniée aux lecteurs subjugués (après deux pages de lecture…)

2. Comment en êtes-vous arrivés là ?

Mon bon monsieur, j’ai des circonstances atténuantes. J’ai eu beaucoup de temps libre et j’ai de l’imagination. Plus précisément, et sérieusement, j’aime lire, un peu de tout, de la BD aux essais et j’avais écrit des petits trucs, puis un jour, ma belle fille alors petite qui désirait apprendre à taper à la machine me demanda de lui inventer une histoire. Je me suis exécuté. Elle en a écrit plusieurs pages et bien plus tard, je me suis dit que ça pourrait faire une histoire sympa. Je l’ai relue, corrigée et l’ai proposé chez Gallimard et Albin Michel qui bizarrement n’en ont pas voulu (comme quoi, même les plus grands se trompent !). Après ce premier essai non transformé, j’ai lu le récit d’une fortune de mer survenue à Saint-Pierre et Miquelon. Une histoire que j’ai jugée formidable et que personne à ma connaissance n’avait exploitée pour en faire un livre. Est né mon premier polar Sangs Froids.

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3. Vous avez écrit une majorité de romans policiers mettant en scène le personnage d’Arthur Bony (ou sa coéquipière) de la MO.R.S.E., une agence de détectives privés ? C’est un hommage à Dashiell Hammett ?

L’univers du roman noir, les agences de détectives privés, les films de gangsters, tout ça m’a toujours intéressé mais je ne connais pas le monde de D.Hammett. J’aime particulièrement les univers à la Simenon, les films en noir et blanc des années d’après-guerre. Mais je n’ai pas de grande culture littéraire en matière de romans policiers. Je ne suis pas comme certains, un inconditionnel de tel ou tel auteur et, je ne pense pas vouloir écore « comme » ou « à la manière » de tel ou tel.

4. Et le nom de « Bony », c’est un hommage au chanteur du groupe « Mado et les frères Pinard », à Anne Bonny, la femme pirate irlandaise du 18e siècle, ou à Bonnie and Clyde, le couple de criminels américains chantés par Gainsbourg ?

Merci de me faire découvrir « Mado est les frères Pinard » que je ne connaissais pas et dont j’écoute « la villageoise » en écrivant ces lignes. Le nom de Bony est le nom d’artiste de ma compagne. Arthur est un prénom que j’aime.

 

5. Pourquoi une incursion dans le fantastique avec Le 2 d’octobre, et la littérature contemporaine, avec Sfumato ?

J’aime les aventures fantastiques, surtout les histoires de voyages temporels. 2octobre-jm-penJ’adorerais vivre des expériences troublantes, dérangeantes, extra-ordinaires, mais je ne sais pas si j’aurais les nerfs pour les affronter. Je crois surtout que je ne suis pas suffisamment fantasque et je suis aussi totalement nul en sciences pour « accepter l’inacceptable », l’incompréhension. Accepter le paradoxe temporel demande de se moquer éperdument des règles scientifiques élémentaires ou bien d’être suffisamment calé en physique quantique pour admettre que, oui, peut-être, pourquoi pas, un jour, on pourrait admettre que cela soit possible. Donc, l’écriture d’un roman fantastique comme le « 2 d’octobre » me permet de faire abstraction de ces doutes et ignorances pour le seul plaisir d’écrire.
Quant à Sfumato, je ne sais pas si c’est un roman « contemporain ». Qu’est-ce qu’un roman contemporain d’ailleurs ? Sfumato est peut-être mon roman préféré en ce sens qu’il recèle tout ou partie de ce que j’aurais aimé faire, vivre, en excellant dans deux arts que j’essaye vainement d’apprivoiser, la peinture et l’écriture.

6. Écrivez-vous sur papier ou sur ordinateur ?

Enfant, je passais des heures à faire des pleins et déliés avec une belle plume sergent major. J’ai raté ma vocation de calligraphe. J’écris aujourd’hui pire qu’un médecin manchot et aveugle ! Le clavier m’a sauvé…Sfumato-jm-pen

7. Avez-vous déjà travaillé avec d’autres personnes ?

En tant qu’auteur, non. Ou les rares essais furent abandonnés. C’est une proposition ? À moins d’un contrat très avantageux pour moi et mon nom en premier sur la couv’, je refuse, mais bon, si vous avez des contacts chez Hachette et votre table chez Drouant, on peut discuter… ha ! Ha !

8. Vous êtes un artiste complet, peintre et écrivain. La peinture est-elle une source d’inspiration ? Est-ce qu’elle influence votre écriture ?

Complet… Il n’y a que le pain qui soit complet et qui nourrisse son homme. La peinture ne fut une source d’inspiration que pour Sfumato, en ce sens qu’elle était à l’origine de l’histoire. Dans d’autres livres, elle a été un accessoire, une toile de fond. J’aurais aimé écrire un livre dont l’intrigue tourne autour d’une œuvre ou d’un peintre, mais cela a déjà été fait, et brillamment ! par de grands romanciers.

9. Comment savez-vous qu’une histoire est faite pour vous ?

Quand elle me permet de fantasmer. Et si… ? Mais à vrai dire, je ne sais pas si une histoire me convient ou pas. Je crois que je ne suis pas assez curieux. J’ai souvent réalisé qu’à la lecture d’un livre étranger à mes habitudes de lecture, un film, un spectacle, je pourrais développer telle ou telle idée, mais, une fois l’émotion éteinte, je n’ai plus la volonté de le faire, ou bien tout simplement, je suis d’une grande fainéantise et trop peu sûr de moi.

10. Combien de temps mettez-vous pour écrire un roman ?

Entre trois et six mois. Parfois plus. J’ai en ce moment un projet qui devrait s’appeler « la comédie humaine », mais je crois que ça déjà été fait, non ?

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11. Quels thèmes abordez-vous dans vos histoires ?

Les réflexions identitaires, le manque de confiance en soi, les histoires « fantastiques ». J’adorerais faire des livres drôles et policières. J’adore Frédéric Dard par exemple, aussi je ne peux pas faire mieux.

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Frédéric Dard, alias San Antonio

12. Que pensez-vous de la forme courte, la nouvelle ?

C’est une forme exigeante, mais très intéressante à travailler. Elle nécessite d’être très attentif à la forme. Il faut veiller à respecter les codes, à ne pas se laisser aller à des travers dont j’ai l’habitude – délayer l’histoire, ajouter des adverbes indigestes, appauvrir le texte – et c’est un bon exercice pour enrichir ses textes romanesques.

13. Quand vous rencontrez des lecteurs, que vous disent-ils ?

J’ai de la chance, je n’ai à ce jour rencontré qu’une seule personne qui m’a dit n’avoir pas été emballée par l’un de mes bouquins et encore m’en a-t-elle fait part de façon courtoise. Je me doute bien que les autres, ceux qui ne m’ont rien dit, n’ont pas aimé non plus. Les autres témoignages sont élogieux et c’est toujours agréable à entendre. Pour autant, il est important pour un auteur de savoir ce qui a plu ou déplu aussi je recommande toujours aux acheteurs de mes livres de faire des commentaires, même une ligne, élogieuse ou pas, sur les sites en ligne (il y en a tant !).

vargas-llosa-la-guerre-fin-monde14. Avez-vous un livre de chevet ou un livre qui vous a marqué ?

Plusieurs bien sûr. Il y a Replay de Ken Grimwood, mais aussi La Guerre des Gaules que j’ai dû lire une bonne dizaine de fois, tout comme La Guerre de la fin du monde de Vargas Llosa. Si j’en avais eu le courage (j’en manque toujours hélas !) j’aurais aimé refaire le trajet des conquêtes de César en Gaule avec le bouquin à la main. Un peu comme a fait Sylvain Tesson (un auteur que j’apprécie beaucoup) avec Bérézina  et la retraite de Russie. Quand j’ai lu pour la première fois « la guerre de la fin du monde », j’ai été époustouflé par l’écriture de Vargas Llosa, mais aussi par cette incroyable histoire de la guerre de Canudos. J’ai cherché à en savoir plus, mais les textes à l’origine de l’écriture de ce roman sont conservés au Brésil et non traduits. J’espère un jour les lire en français.

Quant à Replay, c’est « l’histoire » originelle, celle du gars à qui on oreplay-kim-grimwoodffre la possibilité de revivre non pas une fois, mais plusieurs fois sa vie. Qu’aurai-je fait si on me donnait cette chance ? Bon, disons qu’en ce moment, peut-être, seriez-vous en train d’interviewer un grand peintre forcément pauvre et incompris ou bien un auteur psychotique et incompréhensible… Comment ça, c’est déjà le cas !

15. Une chose que vous adorez en littérature ?

Quand on tombe sur une pépite, un mot, une phrase qui vous hante ensuite. Je me souviens par exemple avoir lu une ligne magnifique dans un livre de Boileau-Narcejac. Une suite de mots admirablement bien choisis dont la sonorité après qu’on les ait dits laisse un écho empli de beauté. Une pépite. Eh bien, cette phrase, je ne m’en souviens plus ! Alors, j’ai racheté tous les B.N et j’en lis un de temps à autre. Un jour, forcément, je lirai à nouveau cette ligne et la magie opérera à nouveau.

16. Une chose que vous détestez en littérature ?

Honnêtement, je ne crois pas « détester » quoi que ce soit en littérature. Je n’ai bien sûr pas lu tous les genres littéraires et sans doute, les romans à l’eau de rose comme ceux de Barbara Cartland me déplairaient certainement, mais je pense être bienveillant. Et puis, comme dans tous les autres arts, j’arrive toujours à trouver quelque chose qui mérite d’être apprécié. Ça peut être une description, une ligne poétique, autre chose. Je me souviens d’un dialogue dans le film « Le Magnifique » avec Belmondo. Un film parmi mes préférés. Le héjm-pen-vents-froidsros est un auteur de romans de gare, exploité par son éditeur et qui travaille à la chaîne (ça vous rappelle quelqu’un ? : o). Il a publié peut-être une centaine de bouquins et son fils lui dit un jour avoir apprécié l’une des pages de son dernier livre, quelques lignes admirablement bien écrites, dignes d’un vrai romancier. Alors son père lui dit qu’à raison d’une ou deux pages « bien écrites » par livre, il a finalement au moins écrit l’équivalent d’un bon roman.

17. Êtes-vous allé au Musée des Arts de Nantes depuis leur réouverture. Qu’en pensez-vous ?

Je n’en ai pas encore trouvé le temps, mais je vais m’y rendre prochainement et vous dirai alors que je trouve incroyable qu’une seule de mes toiles n’y soit pas accrochée. C’est un vrai scandale !!

18. Écoutez-vous de la musique en écrivant ?

Pas toujours, mais lorsque c’est le cas, c’est en général du classique ou du jazz cool.

19. Votre plat préféré ?Les-arcanes-de-Mi-Dalloway-jm-pen

Un plat en sauce, de ceux qui font grossir….

20. Votre signe astrologique ?

Scorpion, ascendant scorpion. Il paraît que c’est l’un des pires, youpi !

21. Avez-vous un numéro ou un objet fétiche ?

J’aimerais bien avoir un billet de 500 € fétiche….

22. En ce moment, un animal est-il à vos pieds ou sur vos genoux ?

J’ai 695 millions d’acariens sur mon genou.

23. Quels sont vos projets ?

Finir le manuscrit en cours d’écriture puis commencer l’écriture d’une pièce de théâtre que j’ai en tête. Entretemps, trouver un éditeur avec lequel je partagerais une grande connivence.

Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Vous pouvez trouver les livres de Jean-Marie Pen chez votre librairie ou sur Internet.

Blog de l’auteur (et du peintre) J-M Pen

– Damien Porte-Plume
Webreporter pour Le Cercle nantais

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