Le Cercle des écritures de Nantes

Avis de lecture sur Le vieil homme et la guerre de John Scalzi

In Boudoir des livres, Edition, Uncategorized on décembre 4, 2016 at 10:16

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  • Auteur : John SCALZI
  • Bioné en 1969, John Scalzi est un écrivain calfornien de science-fiction. Diplômé en philosophie, critique de cinéma puis employé d’une entreprise de téléphonie, il a commencé sa carrière comme écrivain freelance, avec son blog Whatever (50 000 lecteurs par jour)Il a obtenu le succès avec son premier roman, Le vieil homme et la guerre, en 2005, à l’âge de 36 ans, prix Hugo du meilleur roman. Consultant pour la série Strargate Universe, il écrit des romans de SF humoristiques en parallèle de son cycle du Vieil homme et la guerre.
  • Titre : Le vieil homme et la guerre (le livre a une véritable fin mais l’auteur a écrit plusieurs suites se situant dans le même univers)
  • Genre : science-fiction

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    John Scalzi

    Edition : 2005, L’Atalante, 2007 (grand format à 19 euros), Bragelonne, collection Milady, 2016 (poche à 6,90 euros)

  • Nombre de pages : 380
  • Résumé : « J’ai fait deux choses le jour de mes soixante-quinze ans : je suis allé sur la tombe de ma femme. Puis jhe me suis engagé. ». Cet incipit résume bien l’originalité de l’oeuvre : un vieil homme s’engage dans les Forces de Défense Coloniale (FDC), dont les humains restés sur Terre ne connaissent rien ou si peu, et part affronter des espèces aliens aussi nombreuses que belliqueuses, pour défendre les colonies.
  • Mon avis : un bon roman de SF militaire, mais ce n’est pas un chef d’oeuvre non plus.

le-vieil-homme-et-la-guerre1Ce roman, paru en 2005 aux Etats-unis et en 2007 en France, correspond à une tendance depuis plusieurs années dans les littératures de l’imaginaire, celle d’écrire des « histoires de guerre ».  On pourrait parler d’effet de mode, dû au succès au cinéma de La Stratégie Ender, adapté du roman d’Orson Scott Card, mais ce courant dure depuis plusieurs années et concerne aussi bien la fantasy (La Compagnie noireGagner la guerre et tous les romans de Gemmel), non pas qu’il y ait jamais eu de guerre en fantasy, mais elle procédait d’un parcours iniatique (le héros était l’élu du royaume…), ce qui n’est plus le cas dans les romans cités, où le récit se veut plus réaliste et plus sombre… Reconnaissons-le : le thème de la « guerre » est probablement une manifestation de notre époque troublée.

Dans le space opera, la transformation se fait au détriment d’autres thèmes. Les vaisseaux spatiaux n’explorent plus la galaxie comme dans Star Trek, ils affrontent des aliens, un peu comme dans la SF old school des années 50 (La Guerre éternelle, Etoiles Garde à vous…), ne serait-ce que sous forme de menace (comme par exemple dans Léviathan, Phare 23 ou Les Méandres du temps qui est un roman canadien). Cette mode se retrouve en France puisqu’il n’existe quasiment plus de space-opera publié sans qu’il ne fasse état d’un conflit avec d’autres groupes humains ou des aliens (Dominium Mundi, Latium…).

Les bons vieux récits de quête ou d’exploration (De la Terre à la Lune, Rendez-vous Rama, Les Sculpteurs de ciel, La Voie martienne, Seeker…) semblent révolus, ainsi que les récits plus poétiques (Le Voyage dans Lune, Les Chroniques martiennes). L’époque où l’on rêvait de terraformer Mars (La Trilogie de Mars de Kim Stanley Robinson, Mars de Ben Bova…) est terminée, celle des planet-opera (Dune, Omale) peut-être également. Il reste encore quelques récits noirs (Léviathan, Memoria),  mêlant SF et polar comme dans Les Cavernes d’Acier d’Isaac Asimov, mais les belles pages de la conquête spatiale ne sont plus écrits que sur le mode de l’uchronie (Voyage de Stephen Baxter). Seule exception, peut-être, Les Océans stellaires de Loïc Henry (et non de Léo Henry, un autre auteur SF), que je viens de commencer, où les héros partent à la recherche de nouveaux Seuils, des sortes de « portes des étoiles »…

le-vieil-homme-et-la-guerre-usMais revenons au roman. Le titre fait un clin d’oeil au Vieil homme et la mer d’Hemingway. Il donne tout de suite le ton du roman, parsemé de traits d’humour et d’autodérision, y compris dans les combats. Les fans de science-fiction militariste y retrouveront le second degré du film Starship Troopers (inspiré du roman Etoiles Garde-à-vous ! de Robert A. Heinlein).

L’ironie est aussi présente. Par exemple, les colonies humaines sont composées des peuples les plus pauvres de la planète Terre (les Indiens et les Pakistanais), les seuls à vouloir partir, tandis que l’armée qui les défend est constituée de vieillards américains, qui espèrent ainsi pouvoir se refaire une nouvelle jeunesse grâce à la médecine de haut niveau dont disposent les FDC.

Ses atouts : une histoire qui tient globalement debout, un univers facile à assimiler (si vous avez déjà vu des films de guerre avec des « marines », vous ne serez pas dépaysé), une alternance des scènes d’action et de calme, des personnages attachands, des dialogues qui paraissent très naturels… L’histoire assure quelques surprises avec des technologies modernes (physique quantique, nanotechnologie) mélangée à un armement très conventionnel (des soldats, des fusils et des obus…), certains aliens plus subtiles que d’autres et une réflexion sur l’état d’esprit des combattants, après plusieurs mois/années de guerre. Les trois parties du roman sont équilibrées. On a le droit à une vraie fin mais s’il existe quatre suites (Les Brigades fantômes, La Dernière colonie, Zoé et Humanité divisée).

john-perry-tome-1-le-vieil-homme-et-la-guerreQuelques défauts cependant : l’américanisme omniprésent (les soldats sont tous Américains, ils mangent des hamburgers dans l’espace, qui doivent nécessairement être super bons, la réussite sociale ou les connaissances scientifiques sont de grandes qualités humaines, se sont toujours les personnages secondaires qui meurent en premier, l’humanité et les espèces extra-terrestres n’ont qu’un seul but : se multiplier et se répandre dans l’Univers, le plus souvent au dépend des autres), le héros est plus malin que tout le monde, il réussit même à sauver un coéquipier sous le feu ennemi comme dans tout classique du genre. L’auteur a tenté d’effacer la référence aux « marines » en faisant critiquer les dits « marines » de la Terre par le méchant adjudant, du genre : « Nous ne sommes pas des marines, nous sommes pires ». Autrement dit : « la même chose, mais dans l’espace ». L’auteur prend du temps pour nous présenter le premier groupe d’amis de John Perry, le personnage principal, puis il envoie ceux-ci dans des compagnies différentes et recommence la manège avec une autre équipe. C’est probablement ce qu’il se passerait « en vrai », mais c’est un peu dommage pour le lecteur. Enfin, il n’y a quasiment aucune description des peuples aliens. On peut d’ailleurs se demander s’il n’y avait pas d’illustrations dans la version US.

Malgré le thème du roman, ces vieux messieurs et ces vieilles dames qui se sont engagés se comportent comme n’importe quels soldats de 30 ans. Il est fait quelque fois référence à leur vie passée sur Terre, aux proches qu’ils ont perdu, mais cela ne serait pas très différent d’un soldat qui a quitté son pays natal. Le « vieil homme » de l’histoire n’a de « vieux » que le corps, le vieillissement de l’esprit, ce que cela peut apporter en terme d’usure, de nostalgie ou de recul n’a aucun impact sur la psychologie des personnages, leur façon de parler, etc. Cela correspond finalement assez bien au culte de la jeunesse chez les Américains, quitte à effectue des opérations de chirurgie esthétique. Même remarque concernant les sens surdéveloppés des soldats des FDC, l’auteur présente cela comme une amélioration sans conséquence, alors que de nombreuses stimulations devraient avoir un effet sur le cerveau, la perception du monde, etc. En ce sens, Le vieil homme et la guerre est moins cohérent que les romans de la veine cyberpunk.

john_scalzi_portraitIl existe aussi quelques incohérences, pas trop gênantes mais bon (attention spoiler) : si leurs esprits sont téléchargés dans un nouveau corps, pourquoi les soldats meurent-ils ? Pourquoi ne pas dupliquer leur esprit dans un nouveau corps ? A l’inverse, si les médecins de la FDC peuvent fabriquer des corps à partir des soldats morts, pourquoi les membres des Brigades fantômes ne sont-elles pas plus nombreuses ? Pourquoi d’ailleurs s’embêter à recruter et à former des hommes si l’on peut en fabriquer ? L’auteur explique que les non-nés testent de nouvelles améliorations, avant qu’elles ne soient appliquées à l’ensemble des soldats. Si cela est vrai, pourquoi les améliorations sont-elles toutes fonctionnelles ? A ce propos, si ces améliorations génétiques sont créées par et pour les FDC, sans que les Terriens ne puissent en bénéficier, pourquoi portent-elles un copyright™ ? On voit clairement que le roman est écrit par un Américain, où ce symbole, utilisé « à titre de marque », peut avoir une portée juridique. A moins que le droit commercial ne fasse son entrée dans les histoires elle-mêmes et que John Scalzi ne souhaite protéger le nom de cette invention contre une éventuelle « copie » par un autre romancier ? Alain Damasio, qui avait écrit une histoire où des multinationales étaient parvenu à déposer des copyrights sur des mots de la vie courante (Les Hauts® Parleurs®), serait-il un visionnaire ? Autre incohérence : si les déplacements dans l’espace se font par sauts quantiques dans des univers parallèles, pourquoi n’y a-t-il pas de légères différences d’un univers à l’autre ? L’idée ne semble pas avoir été exploitée jusqu’au bout. Autre problème : la scène de sexe au début du livre n’est jamais réitérée par la suite, ce qui semble dire que les soldats font tous l’amour comme des fous au début puis se passent définitivement de sexe. Étrange, non ?

Malgré ces critiques, je tiens à dire que j’ai aimé ce roman. On s’attache à John Perry et à ses amis, on suit avec plaisir ses aventures, on sourit aux traits d’humour… On lit ce livre rapidement à cause de ça, mais on le referme aussi sans peine, sans intention de le relire. Peut-être lirais-je la suite, cependant, car un « bon bouquin d’aventures facile à lire », c’est parfois tout ce qu’on demande.

  • Note : 4/5 plumes

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  • Auteur de la critique : Damien Porte-Plume

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