Le Cercle des écritures de Nantes

Lucius Shepard, nouvelles

In Uncategorized on août 10, 2015 at 12:15
  • AuteurLucius SHEPARDlucius-shepard
  • Bio : Lucius SHEPARD est un écrivain américain de science-fiction, de fantastique et fantasy né en 1943. Parti à l’âge de 15 ans pour faire son tour du monde, son expérience de la vie se ressent dans ses écrits, qui prennent souvent pour cadre le Mexique, les Caraïbes, le Guatemala, le Paraguay, l’Inde, l’Espagne… avec pour protagonistes, des touristes américains empétrés dans des relations amoureuses compliquées, une quête exisentielle. Le fantastique et la science-fiction sont souvent incarnés par des personnages hors du commun. La thématique de la drogue revient souvent, c’est peut-être un trait d’époque, puisque la plupart de ses récits ont été rédigés entre les années 1980 et 1990. L’auteur a donc commencé tard à écrire, sa première nouvelle a été publié à l’âge de 39 ans. Il était passé auparavant par des ateliers d’écriture…

S’il est surtout connu en France pour ses romans, comme Les Yeux électriques (où il renouvelle la thématique des morts-vivants), LAube écarlate (une histoire de vampires) et La Vie en temps de guerre (une quête existentielle pendant une guérilla au Guatemala, avec des sorciers en prime), Lucius SHEPARD est avant tout un novelliste. Ses récits (nouvelles et novellas) sont rassemblés dans de recueils comme Aztechs, Sous des Cieux étrangers, le Dragon Griaule (un village est construit sur un dragon endormi…) et les deux recueils que je voudrais vous présenter : Thanatopolis et La fin de la vie (pour ce que nous en savons).

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  • Titre :  La fin de la vie (pour ce que nous en savons), Présence du futur, 1987, et Thanatopolis, Présence du futur, 1993.
  • Genre : science-fiction, fantastique, un peu de fantasy
  • Editeur/Année/Prix : Ed Viviane Hamy,1999, réédité chez J’ai Lu en 2005 (6,90 euros), il existe même une version MP3 et un Magnard Poche avec supplément pédagogique
  • Nombre de pages : 320 pages
  • Résumé : L’histoire est un road-moovie dans le massif du Mercantour et au-delà, à bord d’une bétaillère, à la poursuite d’un loup-garou, d’un «homme à l’envers».Il est question de montagne et de montagnards, de superstition, d’un chien et d’une brebis aux noms incroyables, de loups, d’amour, surtout d’amour.Sans oublier la chaleur de juillet, l’odeur du camion, la promiscuité, la tension de l’intrigue.
  • L’avis de Damien : du très bon dans l’ensemble, quelques nouvelles géniales où je retrouve l’esprit de Philip K. Dick (mais un Philip K. Dick en sueur qui écrirait sous le soleil des tropiques, dans la jungle ou au fin fond du désert), quelques-nous non abouties (on reste sur sa faim). Voici ma critique nouvelle par nouvelle :

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La fin de la vie (pour ce que nous en savons)

La fin de la vie (pour ce que nous en savons) : un couple de touriste américains, incapables de prendre la décision de se séparer, rencontre un sorcier au Guatemala qui ne se contente pas de les éclairer sur leur avenir mais les transforme littéralement. Leur rencontre avec un groupe de guerillos sera l’occasion pour eux de faire des choix… La psychologie, l’ambiance des lieux sont bien rendus, la chute est intéressante. C’est tellement forfuit que cela ressemble à la vie, sauf que c’est de la science-fiction. Lucius Shepard est très fort pour ça.

Le conte du voyageur : une histoire de science-fiction avec des gars paumés sur l’île de Guanoja Major. On y trouve des indigènes, des touristes américains. Lucius Shepard traite avec ironie du statut de « grand voyageur ». Il croit avoir compris quelque chose sur la vie mais il se raconte à lui-même des histoires. Sauf que cette fois-ci, l’une des histoires s’avère être exacte.  C’est une histoire d’extra-terrestre assez subtile, quelque chose de décadent, le dernier chant du cygne, c’est presque absurde

Vous êtes stupide, Franck, dit-elle. Que vous imaginez-vous qu’il se passerait si vous faisiez écouter mon histoire à quelqu’un ? Il vous dirait quer c’est une forme intéressante de délire, et s’il pouvait en profiter, ou s’il était guidé par un sentiment de compassion malavisé, il me ferait enfermer pour me faire soigner. C’est tout.

Il y a aussi de la violence, mais cela répond tellement à l’ambiance générale qu’on la trouve presque « nécessaire ». Seul bémol, le « parler » des indigènes, que l’auteur essaie de retranscrire littéralement, finit par être agaçant. Une ou deux fois suffirait pour comprendre qu’ils ont un accent.

La nuit du Bhairab blanc : que se passerait-il si un fantôme européen rencontrait un démon asiatique ? Très original et bien mené ! On y retrouve toujours des personnnages d’expatriés désabusés, mais pour une fois, la fin est plutôt joyeuse et amusante. Cette nouvelle pourrait facilement être adaptée en film, il y un côté très visuel.

Mengele : un pilote d’avion s’écrase dans la forêt, au Paraguay. Il y rencontrera un ancien nazi, un de ces « médecins de la mort » qui menait des expériences dans les camps. L’histoire tourne rapidement à l’horreur…

Leçon espagnole : une histoire presque mignonne entre un jeune touriste américaine qui a du mal à se faire intégrer par les « vrais baroudeurs » (les guillemets sont là pour souligner l’ironie) et de nouveaux voisins qui cachent un énorme secret. Celui-ci n’est pas sans lien encore avec la Seconde guerre mondiale…

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Thanatopolis

Thanatopolis : il s’agit d’une novella (131 pages). Un drogué écoute Skull City, une musique de rock infernale (c’est bien connu, le rock est la musique du diable !) qui le fait passer dans un monde parallèle, qui ressemble à New York mais en pire… Le narrateur est border-line, c’est un anti-héros, c’est parfois difficile à digérer, mais c’est enivrant, fascinant, on veut en savoir plus sur ce monde où tout ce que l’on croit connaître est légèrement différent, une différence horrible ou monstrueuse si on veut, mais une différence qui crée de la nouveauté dans ce qu’il y avait de plus trivial, un peu comme si on mettait sur scène, sous les feux de la rampe, une poubelle et ses déchets… Je cite un extrait où le personnage principal écoute la musique pour la première fois et rentre dans un bar :

 » Passent des silhouettes vagues, enveloppées de nuages d’un parfum musqué, qui s’évanouissent dans la pénombre. Des odeurs âpres d’épices et d’ozone me parviennent. Sur la piste de danse, j’aperçois des fesses moulées dans des fourreaux de satin, empoignées par des mains pareilles à des étoiles de mer délavées ; je vois de la haine dans un verre de bière ; je vois qu’il ne peut y avoir de beauté sans affliction ; je vois l’avenir sur un sein tatoué. Je vois trop de bizzareries pour croire à une seule d’entre elles, et pourtant, même si je me rends compte que tout ce que je contemple et ressens n’est pas parfaitement kascher, je suis tellement plongé dans la chanson qui joue dans ma tête que j’éprouve en même temps que tout est parfaitement normal, que tout dans le club est réel. »

Frontière : un jeune homme survit à la frontière du Mexique, il rêve de passer aux Etats-Unis malgé la barrière, l’arrivée d’une jeune Américaine va peut-être lui en offrir l’occasion… Le début est très intéressant, mais la rencontre avec le « mage » sur leur route est trop « riche », l’événement devrait avoir plus de conséquences, ce qui fait qu’on a l’impression que ce passage n’apporter rien à l’histoire. Heureusement, l’auteur se rattrappe sur la fin.

Nomans Land : encore une novella (69 pages). Peut-être la meilleure du recueil, même si j’hésite avec Thanatopolis. Un bateau fait naufrage, les survivants arrivent sur île infestée d’araignées. Je ne vous raconte par l’histoire car on va de surprise en surprise. Quand l’horreur se teinte de métaphysique. C’est très « dickien » et cela m’a vraiment questionné quand j’ai vu au-dessus de mon lit, où je lisais tranquillement, une araignée blanche lorgner sur mes pages.

Capitulation : un reporter désabusé arrive au Guatemala, où des produits toxiques ont des effets importants sur la population. C’est de la science-fiction en forme d’avertissement, une métaphore si on veut. L’histoire ne s’arrête pas avec la fin de l’action, on lit les effets de cette aventure sur les personnages eux-mêmes :

Cest bon de faire l’amour, de marcher, de sentir le vent et de voir le soleil jouer sur les sapins. Nous ne sommes pas réellement heureux : il nous est arrivé trop de choses pour qu’on se laisse prendre au jeu. Mais ni l’un ni l’autre n’avons jamais exigé de l’être. C’est une corvée trop grande d’être heureux quand le monde dégringole à sa perte (…).

  • Note : 4/5 plumes

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  • Auteur de la critique : Damien Porte-Plume

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Liste des avis de lecture :

chalandon-mon-traitre Mon traître, de Sorj Chalandon

manchette-bleu-cote-ouest Le petit bleu sur la côte Ouest, de JP Manchette

A-MICHENER-LA-SOURCELa source, de J. A. Michener

martin-page-comment-je-suis-devenu-stupide2Comment je suis devenu stupide, de Martin Page

Vieux papiers, vieilles maisonslenotre2, tome 1, de G. Lenotre

La Vallon des Parquesvallon-parques-s-forge, de Sylvain Forge

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