Le Cercle des écritures de Nantes

Les auteurs, bientôt tous à poil ? et autres réflexions sur l’édition

In décrochage, Edition, lecteur, lecture, livre numérique, mode, stratégie éditoriale, tendance on décembre 17, 2014 at 2:24

Lors de l’inauguration du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, qui s’est déroulé entre le 26 novembre et le 1er décembre 2014, une cinquantaine de manifestants ont manifesté, portant un tee-shirt blanc avec le slogan « Les auteurs, bientôt tous à poil« . Leur objectif ? Attirer l’attention sur la rémunération des auteurs de livres jeunesse, et, au travers eux, des écrivains en général. Sont particulièrement visés : le nouveau contrat d’édition pour le livre numérique, la hausse de la TVA sur les droits d’auteur passé de 5,5% à 10% en 2013, l’annonce d’une augmentation de 8% des cotisations retraites.

Cette manifestation a donné l’impulsion pour une série d’articles sur la rémunération des auteurs : Les Inrocks, Le Nouvel Obs…

Prenons l’exemple d’un livre jeunesse vendu 15 €. « C’est une estimation, basée sur les chiffres que nous avons observés sur le marché, mais c’est très proche de la réalité. » (1)

La répartition serait la suivante :tous-a-poils-auteurs

  • Libraire : 32 %, soit 4,80 €
  • Diffuseur : 23 %, soit 3,45 €
  • Éditeur, 21 %, soit 3,15 €
  • Imprimeur : 12,5 %, soit 1,87 €
  • Auteur + Illustrateur : 6 %, soit 0,90 €
  • État (perception de la TVA) : 5,5 %, soit 0,83  et €

La situation est alarmante : l’auteur de livres pour enfant touche entre 3% et 8% du prix du livre. Pour comparaison, les auteurs des livres pour adulte (les romans en général et pas seulement des livres érotiques, nous sommes d’accord) sont souvent payés entre 8 et 12% du prix du livre (selon la règle du 8/10/12% selon le nombre d’exemplaires vendus), avec un tirage à 250 ou 500 exemplaires pour un premier tirage chez un petit éditeur (1500 exemplaires chez les plus gros…). Pour un livre grand format vendu 20 euros, il y a donc en moyenne 2 euros (10%) qui reviennent à l’auteur, ce qui lui rapportera 1000 euros (2 x 500 exemplaires) si tous les livres se vendent, après plusieurs mois d’attente…

Quant aux à-valoir, ils ne concernent que les auteurs à succès. Non seulement ceux-ci ont une avance sur les droits d’auteur, mais ils peuvent atteindre des taux plus importants comme 18% du prix du livre (Jean d’Ormesson est ainsi surnommé « Monsieur 18% »). Un gros succès peut remporter un million d’euros, mais autant le dire tout de suite : ils se comptent sur les doigts de la main.

Comme le signale l’article du Nouvel Obs (2), 96% des auteurs ont un autre travail à côté (parmi lesquels on retrouve d’ailleurs une proportion importante de professions intellectuels : enseignant, journaliste, traducteur… et même éditeur !).

Vincent Monadé [président du Centre national du livre] estime à une centaine le nombre d’auteurs qui vivent de leur oeuvre. Présidente de la Société des gens de lettres, Marie Seller rappelle quant à elle qu’ils sont 3500 à être affiliés à l’Agessa, la sécurité sociale des auteurs, et donc considérés comme auteurs « professionnels ». Pour cela, il faut gagner au moins 8400 euros par an. Soit 700 euros par mois. De là à dire qu’ils vivent de cette somme… (3)

Evidemment, il existe des différences entre un auteur édité chez Gallimard à 2000 exemplaires et un auteur édité chez un tout petit éditeur à 200 exemplaires, tout comme il existe de rémunération entre les auteurs de littérature blanche et de polar, deux genres très prisés des français, et les écrivains de fantasy et de science-fiction, qui concernent un lectorat plus réduit. Cette faible rémunération peut être compensée par les bourses, les résidences d’auteur, la contrepartie financière des prix littéraires, les bénéfices d’une réédition poche, d’une traduction du livre à l’étrange, d’une adaptation du film à la télévision ou au cinéma…nouvel-obs-collegue-ecrivain

A propos de traduction, cela marche dans les deux sens, les auteurs francophones sont en concurrence avec la traduction de romans (le plus souvent anglophones) dans la langue de Molière. Il ne s’agit pas seulement de domination culturelle mais aussi d’une saine émulation, l’art n’ayant pas de frontière. D’ailleurs, on trouve aujourd’hui des romans de tous les pays dans les librairies : littérature arabe, africaine, japonaise, chinoise…

En ce qui concerne la rémunération, il faut se méfier des exemples de succès des auteurs américains, non seulement parce que les Etats-Unis représentent un marché plus étendu que la France (300 millions d’habitants contre 60 millions), mais aussi parce que les best-sellers américains sont traduits dans le monde entier. Le succès des ebooks, en particulier, doit être nuancé : le téléchargement de livres numériques est beaucoup plus répandu aux Etats-Unis qu’en France (et ce pour plusieurs raisons : intérêt pour les nouvelles technologies, pas de prix unique du livre, disparition presque totale des librairies…). Les sommes en jeu n’étant pas les mêmes, elles font l’objet de négociations avec l’agent littéraire de l’auteur, un métier qui n’existe pas en France, où le rapport de force est en faveur de l’éditeur – d’où la protestations des auteurs et illustrateurs de livre jeunesse.

Ce que ce focus sur la rémunération des auteurs ne dit pas, c’est que les éditeurs connaissent également ce problème : si les grands éditeurs, comme les auteurs de best-sellers, ne connaissent pas de problème d’argent (ou de manière relative), il existe une foule de petits éditeurs, qui travaillent par passion, comme il existe une grande majorité d’auteurs qui ne vivent pas de leur plume. Ces éditeurs travaillent parfois à côté de leur activité et ne génèrent pas toujours un salaire. On pourrait également élargir notre propos à la vie des libraires : les grandes librairies généralistes s’en sortant toujours mieux que les petits libraires qui cherchent parfois des aides financières sur Ulule.com et autres sites de financement participatif pour éviter de mettre la clef sous la porte…

Quelques mois auparavant, les éditeurs et libraires du Nord-Pas-de-Calais avaient également utilisé le slogan « Tous à poils ! » en posant nus avec un exemplaire du livre pour enfants « Tous à Poils ! » critiqué par Jean-François Coppé (4). Simple hasard ? Les éditeurs et les libraires recommenceraient-ils pour dénoncer leurs conditions de travail ?

tous-a-poils-editeurs-et-libraires

«Tous à poil contre la censure!», proclame le communiqué signé par ces éditeurs et libraires du Nord-Pas de Calais.

Ce que apparaît à travers cette polémique, ce n’est pas la difficulté de savoir qui gagne le plus et qui exploite l’autre (même s’il n’est pas interdit de se défendre), mais la difficulté de trouver une rentabilité dans le monde du livre en dehors des effets d’échelle (les auteurs de best-sellers, les grandes librairies, les grandes maisons d’édition).

Le livre numérique améliorera-t-il la rémunération des éditeurs et des auteurs (je ne parle pas des libraires…) ? Il faut prendre exemple sur le téléchargement de musiques. Il existe quatre modes de lecture : la lecture en ligne (streaming), le téléchargement à l’unité, l’abonnement -pour les livres, je relève par exemple l’initiative de Youscribe)… et le téléchargement illégal. Prenons la situation la plus répandue aujourd’hui, celle du téléchargement à l’unité. Prenons quelques exemples sur Playstore :

  • Prix Goncourt Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître : 15,99 euros
  • Prix Nobel Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, de Patrick Modiano : 11,99 euros
  • Alice au pays des Zombies de Gena Chowalter : 8,99 euros
  • L’Etranger de Camus : 5,49 euros
  • Pierre et Jean de Maupassant : 0,99 euros
  • Alice au pays des Merveilles de Lewis Caroll : gratuit

Premier constat : les nouveautés sont encore trop proches du prix papier (quelques euros de différence) pour représenter une opportunité d’achat. Deuxième constat : les livres qui sont le plus téléchargés sont ceux qui passent sous la barre psychologique d’1 euro. Le prix d’un ebook à 0,99 euros semble ridicule par rapport au livre papier, mais on retire la marge de l’imprimeur, du libraire, et il peut être compensé par le nombre de téléchargement…

Ce qui amène à une autre question : le prix du livre est-il le seul frein à l’achat ? A moins de réduire l’achat d’un livre à l’acte d’achat lui-même, un roman est acheté pour que quelqu’un le lise. Ce qui améliorerait le sort du livre, ce serait donc d’augmenter le nombre des lecteurs…

Or, le nombre de lecteurs a baissé de 5% en 3 ans en France, passant de 74% en 2011 à 69% en 2014. Le constat est le même chaque année depuis les années 1980 :

Autrement dit, chaque nouvelle génération de jeunes – depuis le début des années 1980 – compte moins de forts lecteurs que la génération précédente, c’est-à-dire que les jeunes d’aujourd’hui lisent moins de livres que les générations précédentes au même âge ; celle des baby-boomers – dont le niveau de lecture était en 1973 nettement plus élevé que celui des générations suivantes au même âge – reste aujourd’hui la génération comptant le plus de forts lecteurs. (5)

tous-a-poils-auteurs2On constate aussi que le nombre de grands lecteurs diminue en même temps que le niveau de scolarisation augmente, c’est-à-dire que les grands lecteurs (+20 livres par an) diminuent au profit d’un plus grand nombre de petits lecteurs occasionnels. Par contre, il existe un véritable phénomène de décrochage (comme le décrochage scolaire) : ceux qui lisaient quand ils étaient jeunes ou étudiants cessent de lire quand ils rentrent dans la vie active par manque de temps (63%) ou à cause des autres loisirs (45%).

La baisse du nombre de forts lecteurs est amplifiée par un phénomène d’âge qu’on peut ainsi décrire : pour une génération donnée, le rythme de lecture a tendance à ralentir à mesure qu’on avance dans le cycle de vie ; le passage de la vie étudiante à la vie adulte se traduit en effet souvent par une réduction de la quantité de livres lus. (5)

Les résultats sont identiques pour le marché du livre en général : on constate une baisse de 2 à 3% par an. Selon Vincent Monadé :

Le public achète de plus en plus ce qui se vend déjà très bien. Les best-sellers peuvent atteindre le million d’exemplaires. Et le milieu de la chaîne, c’est-à-dire des auteurs qui vendaient entre 3000 et 8000 exemplaires, a tendance à disparaître. Aujourd’hui, ce sont des titres, y compris d’écrivains très importants, qui se vendent parfois à moins de 1000 exemplaires et, dans ce cas, les droits d’auteur sont dérisoires. (3)

Face à cette situation du recul du lectorat en France, plusieurs réponses sont possibles :

S’adapter pour survivre :

  • s’organiser pour défendre ses droits, maintenir le prix unique du livre (c’était le cas avec la loi anti-Amazon…) et négocier un contrat d’édition respectueux des droits d’auteur : c’est le but par exemple de la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse (7)
  • accepter la diminution du lectorat et augmenter le prix du livre : c’est ce que font certaines maisons d’édition qui rééditent des livres non pas en poches mais en « éditions de luxe »….
  • cibler le lectorat le plus actif : chez les retraités (où se concentrent les grands lecteurs), les plus jeunes (la littérature jeunesse fonctionne bien) et les femmes (elles lisent plus que les hommes)
  • créer des collections pour les filières scientifiques, les écoles d’ingénieur et de commerce, afin de toucher « l’élite » et un public disposant en général d’un plus fort pouvoir d’achat (Après Martine à la plage, Martine et son stéthoscope, Martine et la matrice d’exponentiels…)

Adapter le livre :

  • miser sur les nouvelles technologies : la lecture des livres numériques sur des liseuses et des tablettes est une façon de créer un effet de mode et de faire évoluer le livre avec son époque
  • diminuer la taille des textes et des chapitres à la longueur d’un écran, d’un texto ou d’un tweet (personnellement, je ne crois pas que l’avenir du roman passe par les haïkus…)
  • prendre l’exemple du succès des séries TV pour réinventer les « feuilletons » en littérature : c’est déjà le cas avec des ebooks publiés en plusieurs parties (chaque ebook représente alors un chapitre ou un épisode d’une cinquante de pages, par exemple)
  • associer la sortie d’un livre à des produits dérivés (plutôt que l’inverse) : nouvelles & illustrations dans le monde imaginé par l’auteur, biographies imaginaires de ses héros, documentaires, compil’ des musiques que l’auteur écoutait pendant qu’il écrivait, jeux, jouets, mots croisés, affiches, jeux vidéos, page facebook, compte twitter, forum de discussion, accès à diverses traductions pour les versions numériques (si je veux lire des contes bretons en anglais, c’est mon droit, non ? :), etc.

Cibler la jeunesse :

  • diffuser l’utilisation des tablettes à l’école (les manuels scolaires du futur ne seront sans doute plus en papier…) et leur permettre d’acheter l’outil à la fin de leur scolarité (avec une application pour télécharger des livres…) à un prix modéré, l’achat du matériel ayant déjà été amorti (certaines Universités font de même avec des ordinateurs portables)
  • diffuser l’apprentissage de la lecture rapide à l’école : cela peut sembler paradoxal, mais il existe des techniques de lecture rapide qui permettent de lire un livre en entier d’améliorer en même temps sa mémorisation
  • développer la lecture orale de livres, le métier de conteur (y compris pour adultes) et créer des passerelles vers le théâtre, le cinéma, etc.

Augmenter l’offre pour stimuler l’achat :

  • créer de partenariats avec des diffuseurs-distributeurs des autres pays francophones pour que les romans français, belges, québecois, algériens, marocains, sénégaliens… soient accessibles dans tous les pays concernés et réciproquement
  • éditer et mettre en avant les nouvelles et les recueils de nouvelles dans les librairies pour développer un nouveau type de lectorat
  • fermer les bibliothèques et interdire la vente de livres d’occasion (de 20 à 40% du marché, selon les estimations) : c’est un peu radical, n’est-ce pas ? 😉

Promouvoir la littérature, les livres et leurs auteurs :

  • rendre les livres plus attractifs : pas seulement la couverture mais aussi les illustrations intérieures, le téléchargement possibles de « bonus », la création de teasers et de bandes-annonces comme pour les sorties de films au cinéma (cela existe déjà)…
  • promouvoir la lecture en France et à l’étranger : c’est le sens de la Semaine de la langue française et de la francophonie qui se déroulera du du 14 au 22 mars en 2015 (6)
  • organiser des manifestations de libraires pour conseiller des livres à des personnes qui n’ont pas l’habitude de lire (il existe en effet beaucoup de préjugés et d’ignorance sur la littérature : certains ne pensent qu’à Zola ou Balzac, qui les ont traumatisés à l’école, d’autres ne savent pas ce qu’est une nouvelle, d’autres encore n’ont qu’une idée très vague des autres genres, comme la science-fiction…
  • publier des textes ou des extraits dans les journaux et les magazines (ça peut être plus efficace qu’une publicité…)
  • après le téléthon, organiser l’écrivathon, pour aider tous ces auteurs dans le besoin et sauver les livres oubliés (petite référence à Carlos Ruiz Zafón), une émission inspirée d’Auteur Academy de Pierre Chavagné (votez pour le livre de votre choix, les autres fichiers seront effacés…)…

Modifier la valeur symbole du livre :

  • Améliorer l’image de la littérature par rapport à la musique et à l’audiovisuel chez les jeunes, le terme de « culture » étant aujourd’hui associé à la musique, y compris au niveau du Ministère. Le multimedia permet de fusionner des textes avec de la musique et de l’audiovisuel, il y a peut-être là une piste à explorer…
  • Donner une valeur plus « masculine » à l’acte de lire, en créant des collections adaptées à ce type de lectorat. A leur époque, les livres dont vous êtes le héros, avaient très bien réussi à capter le public jeune et masculin : ces livres permettaient de vivre des aventures de manière interactive (ce sont d’ailleurs ces mêmes lecteurs qui ont ensuite jouer aux jeux vidéos). Les livres dont vous êtes le héros, avec leurs textes courts et leurs liens hypertextes, semblent particulièrement adaptés à Internet, ils devraient connaître une nouvelle jeunesse, surtout s’ils deviennent disponibles sur des applications mobiles
  • Donner une valeur « transgressive » au livre pour donner envie aux adolescents de lire, ce qui veut dire, en premier lieu, ne plus répéter que les jeunes de lisent plus, ne pas les inciter à lire, etc. Rétablir une sorte de censure serait-il un moyen pour donner envie de lire les livres interdits ? La censure politique n’existant pas en démocratie, il reste la censure morale, les tabous sexuels. Il suffit de voir le succès de Cinquante nuances de grey pour s’en convaincre…

Faire connaître les écrivains et leur travail :

  • multiplier les résidences d’écrivain
  • ouvrir des ateliers d’écriture et des cafés littéraires dans des lieux inattendus, créer cours d’écriture créative dans les écoles et les Universités, demandeur aux écrivains de partager leurs techniques d’écriture(comme ce qui existe aux Etats-Unis), organiser avec les Universités permanentes des cours de littérature contemporaine en ville, le but étant à la fois de susciter un intérêt du grand public pour la littérature, mais aussi d’augmenter (encore) le niveau des écrivains français

La liste n’est pas exhaustive. Vous pouvez ajouter vos suggestions en commentaire de cet article.

Sources :

  1. « Si le livre était une pomme, les auteurs gagneraient… les pépins » par Nicolas Gary (Actualitté)
  2. Ciel, mon collègue est écrivain (Nouvel Obs, semaine du 16/12/14)
  3. Le salaire de l’auteur, par Elisabeth Philippe (les Inrocks, n°996, du 26 novembre au 2 décembre 2014, pp. 60-64)
  4. Tous à poil: des professionnels du livre posent nus en réponse à Copé par Mathilde Cesbron (Le Figaro)
  5. Les pratiques culturelles du livre et du numérique par Olivier Donnat (Le livre-paca.org)
  6. La Semaine de la langue française
  7. La Charte des auteurs et illustrateurs : on y trouve notamment un manuel à télécharger : Le contrat dont vous êtes le héros : Comment négocier (seul dans la forêt) avec un (dragon) éditeur.
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